Pendant des années, l’industrie audio a vécu sous l’ombre d’une même question : la radio traditionnelle pouvait-elle survivre à l’explosion du streaming, des podcasts et des plateformes musicales à la demande ?
Les derniers chiffres publiés par le RAJAR pour le premier trimestre 2026 apportent une réponse claire : non seulement la radio résiste, mais elle poursuit sa transformation numérique à une vitesse spectaculaire.

Au Royaume-Uni, l’écoute connectée vient de franchir un cap historique. Pour la première fois, l’écoute en ligne dépasse nettement l’AM/FM traditionnel, confirmant une mutation profonde des usages audio dans les foyers britanniques.

Une audience toujours massive malgré la fragmentation audio

La première surprise des chiffres RAJAR reste la solidité impressionnante du média radio.
Au premier trimestre 2026, 50,6 millions d’adultes britanniques, soit 87 % de la population de plus de 15 ans, ont écouté la radio chaque semaine.

Dans un paysage médiatique saturé par Spotify, YouTube, TikTok, les podcasts et les services de streaming vidéo, cette stabilité démontre que la radio conserve un rôle central dans les habitudes quotidiennes. Information en direct, divertissement, musique, compagnonnage ou actualité locale : le média continue d’occuper une place unique dans l’écosystème audio.

Mais cette fidélité du public ne signifie pas immobilisme. La radio britannique change rapidement de visage.

Le numérique devient le mode d’écoute dominant

Le chiffre clé du rapport RAJAR Q1 2026 est sans doute celui-ci : 76 % de toute l’écoute radio se fait désormais via des plateformes numériques.

Plus marquant encore, l’écoute online atteint un record historique de 30,4 % de part d’écoute, dépassant largement l’AM/FM qui tombe à 24 %. Une bascule symbolique qui illustre la fin progressive de la domination historique de la diffusion analogique.

Le DAB, pilier de la radio numérique britannique, poursuit également sa progression avec 43,1 % de part d’écoute, en hausse d’un point sur un an. Au total, les heures d’écoute numérique atteignent désormais 765 millions d’heures, soit une progression annuelle de 1,6 %.

Cette évolution traduit une réalité simple : la radio n’est plus liée à un poste FM traditionnel. Elle devient un contenu audio accessible partout, sur smartphone, ordinateur, télévision connectée ou enceinte intelligente.

Le seul canal en recul est désormais la DTV, l’écoute via télévision numérique, qui perd à la fois des parts d’audience et des heures d’écoute. Un signal qui confirme que les usages se déplacent vers des expériences plus mobiles, plus vocales et plus personnalisées.

Les enceintes connectées deviennent le nouveau poste radio

Si un appareil symbolise cette révolution, c’est clairement l’enceinte connectée.

Les smart speakers représentent désormais 18,8 % de l’écoute totale radio au Royaume-Uni, contre 17,6 % un an plus tôt. Pour la radio commerciale, leur poids est encore plus spectaculaire : 21,8 % des heures d’écoute, soit davantage que l’AM/FM, désormais tombé à 19,1 %.

En une année seulement, les enceintes connectées ont généré 9 millions d’heures d’écoute supplémentaires, pour atteindre un total de 190 millions d’heures.

Ce phénomène change profondément la manière dont la radio est consommée.
L’écoute devient plus fluide, plus instantanée et plus intégrée dans les usages domestiques. La voix remplace progressivement les boutons physiques : on demande une station à Alexa ou Google Assistant comme on lancerait une playlist Spotify.

Pour les groupes radios, cette transition est stratégique. Elle permet une meilleure connaissance des usages, une distribution multiplateforme et de nouvelles possibilités publicitaires basées sur la donnée et le ciblage.

La radio commerciale confirme sa domination

Autre enseignement majeur du rapport : la radio commerciale continue de creuser l’écart face à la BBC.

Les stations commerciales rassemblent 39,2 millions d’auditeurs hebdomadaires et captent 54,3 % de part d’écoute, contre 43,4 % pour les radios de la BBC, qui totalisent 31,3 millions d’auditeurs.

Cette domination s’explique notamment par une adaptation plus rapide aux usages numériques.
L’écoute en ligne représente désormais près d’un tiers des heures d’écoute de la radio commerciale, à 32,9 %.

Les grands groupes privés britanniques ont massivement investi dans les applications mobiles, les plateformes audio connectées et les stratégies de marque multiplateformes. Une approche qui porte aujourd’hui ses fruits.

Une mutation historique plus qu’une simple évolution technologique

Les chiffres RAJAR Q1 2026 ne racontent pas la disparition de la radio. Ils racontent sa transformation.

La radio britannique entre désormais dans une phase où le numérique n’est plus un complément mais le mode principal de consommation. DAB, applications mobiles, streaming audio et enceintes connectées redéfinissent totalement la relation entre les stations et leurs auditeurs.

Cette mutation change aussi l’économie du secteur : nouvelles métriques, publicité adressable, personnalisation, données d’usage et convergence croissante avec l’univers du streaming.

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