Les données d’Edison Research publiées fin octobre 2026 livrent un constat en apparence rassurant pour la radio américaine : elle représente toujours 53% du temps d’écoute audio dans la voiture de l’ensemble des Américains de 13 ans et plus. Mais la lecture la plus importante se trouve dans la seconde série de chiffres : chez les utilisateurs dont le véhicule principal est électrique, cette part tombe à 42%, tandis que le streaming musical et SiriusXM prennent une place nettement plus grande.

Une forteresse qui se fissure

La voiture a longtemps été le dernier bastion quasi naturel de la radio. Au volant, l’habitude, la simplicité d’accès, la gratuité et l’ancrage culturel des stations AM/FM ont résisté à la montée du streaming mieux que dans la plupart des autres contextes d’écoute. Les données d’Edison confirment cette résistance : même à l’ère des écrans tactiles, des applications embarquées et des assistants vocaux, la radio demeure le premier usage audio automobile aux États-Unis.

Mais « première » ne signifie plus « incontestée ». Le passage de 53% à 42% chez les conducteurs de véhicules électriques n’est pas une variation marginale : il dessine une trajectoire. Les VE ne sont pas seulement des voitures plus silencieuses ou plus écologiques ; ce sont des objets connectés, dotés d’interfaces numériques natives, d’applications intégrées et d’une expérience utilisateur pensée autour du compte personnel plutôt que du bouton de préréglage.

Le véhicule électrique ne tue pas la radio. Il change le chemin par lequel l’auditeur y accède. Dans une économie de l’attention, changer le chemin suffit souvent à changer l’habitude.

Le streaming gagne parce que la voiture change

Chez les utilisateurs de VE, le streaming musical progresse fortement, tout comme SiriusXM. Ce résultat est cohérent avec le profil de ces véhicules : leurs acheteurs sont en moyenne plus connectés, plus urbains, plus jeunes ou plus aisés que la moyenne, et leurs habitacles intègrent davantage d’options audio natives. Les systèmes CarPlay et Android Auto, désormais présents chez 40% des Américains de 13 ans et plus, contre 18% en 2019, ont normalisé l’usage des applications musicales au volant.

Il faut toutefois éviter une conclusion trop rapide : les propriétaires de VE ne représentent pas encore l’ensemble du marché automobile américain. Leur comportement ne préfigure donc pas mécaniquement celui de tous les conducteurs. Mais ils constituent précisément le segment que les constructeurs cherchent à séduire et celui vers lequel l’industrie se dirige. Les habitudes d’écoute observées aujourd’hui chez les premiers adoptants peuvent devenir, demain, les normes d’un parc automobile de plus en plus connecté.

Une menace moins directe qu’une redéfinition

La vraie question n’est donc pas : « La radio va-t-elle disparaître de la voiture ? » Elle ne disparaîtra probablement pas de sitôt. La question est plutôt : « La radio restera-t-elle un choix par défaut ou deviendra-t-elle une option parmi d’autres ? »

Dans le premier cas, elle conserve un avantage structurel immense. Dans le second, elle devra se battre pour chaque minute d’écoute face à Spotify, YouTube Music, Apple Music, Amazon Music, les podcasts et les chaînes personnalisées. Or, sur ce terrain, la radio ne peut pas rivaliser uniquement avec la gratuité ou la simplicité : elle doit proposer une valeur difficile à reproduire.

Cette valeur existe. La radio offre de la proximité, de l’actualité locale, des voix familières, des urgences, des communautés et une forme de sérendipité que les playlists algorithmiques peinent à recréer. Mais cette proposition doit être rendue aussi accessible dans une Tesla, une Rivian ou une Hyundai électrique que sur un autoradio classique. Si l’accès à la station locale demande trois manipulations de plus que l’ouverture d’une playlist, l’avantage culturel de la radio s’érode silencieusement.

Un avertissement utile

Les chiffres d’Edison ne sonnent pas le glas de la radio automobile. Ils en révèlent surtout la dépendance à un environnement technologique qui évolue vite. Tant que la voiture restera un espace dominé par l’habitude, la radio gardera une position solide. Mais dès que l’habitacle devient une extension du smartphone, la concurrence devient globale, instantanée et personnalisée.

Pour les radios américaines (et, par extension, pour les radios européennes confrontées aux mêmes dynamiques) le message est clair : la bataille ne se joue plus seulement sur les ondes. Elle se joue désormais sur l’écran central, dans l’application, dans la commande vocale et dans la capacité à rester indispensable lorsque le conducteur a le choix.

La radio a encore la majorité au volant. Mais les véhicules électriques viennent de lui rappeler qu’aucune majorité n’est définitive.