Souvenez-vous du grésillement agaçant d’une station FM qu’on essaie de capter en voiture, ou de cette antenne qu’il fallait orienter au millimètre près sur le poste de la cuisine. Ces petits rituels du quotidien s’effacent peu à peu au profit d’une mutation en profondeur de nos habitudes d’écoute.
Le rapport Audio Trends 2026 publié par l’autorité de régulation allemande des médias (die medienanstalten) vient de le confirmer chiffres à l’appui : la radio est entrée dans une nouvelle ère, résolument numérique. Un phénomène qui dépasse largement nos voisins d’outre-Rhin et redessine le paysage sonore européen.
Un record historique : deux tiers des auditeurs passés au numérique
En l’espace de quelques années, la bascule s’est accélérée. D’après les données de l’étude, 66 % des auditeurs ont consommé des programmes radio par des voies numériques au cours des dernières semaines, contre 64 % l’année précédente et 61 % en 2024.
Plus significatif encore, l’écoute quotidienne ne cesse de progresser : 42 % des amateurs de radio se tournent désormais chaque jour vers le numérique (DAB+ ou webradio). Aujourd’hui, c’est près d’un quart de la consommation radiophonique globale qui s’effectue par ces canaux. Le numérique n’est plus une alternative marginale : il devient la norme.
DAB+ contre Webradio : le match des technologies
Dans cette transition, tous les formats ne se valent pas. Deux technologies se partagent la vedette, avec un net avantage pour la radio numérique terrestre.
Le DAB+ (Digital Audio Broadcasting) : le grand favori. Avec environ 25 millions d’utilisateurs mensuels (en hausse de 3 points), le DAB+ devance largement la concurrence. Plus de 14 millions de personnes l’utilisent chaque jour, pour une durée d’écoute remarquablement stable de près de 2h30 par jour (156 minutes). Il s’impose comme le véritable remplaçant naturel de la FM, offrant un son cristallin sans besoin de connexion Internet.
Le Webradio (streaming en ligne) : l’alternative nomade. De son côté, la radio par Internet séduit plus de 17 millions de personnes sur un mois, avec une audience quotidienne frôlant les 6 millions d’auditeurs et une durée d’écoute moyenne d’environ 1h50 (113 minutes).
Des équipements qui se modernisent dans nos salons… et sur la route
Cette révolution des usages trouve un écho direct dans nos achats matériels. Le rapport met en lumière une progression continue de l’équipement des foyers :
- 41 % des foyers possèdent désormais au moins un appareil compatible DAB+.
- Plus d’un quart de la population (à partir de 14 ans) dispose désormais d’un autoradio équipé pour le DAB+, transformant les trajets quotidiens en expériences d’écoute haute définition et sans coupure de signal.
- Globalement, 75 % des citoyens disposent d’un accès direct à un récepteur numérique, que ce soit via un poste dédié ou un flux web.
Au-delà des chiffres : les nouveaux défis de nos écrans sonores
Si ces évolutions technologiques simplifient la vie des auditeurs en leur offrant un son plus pur et un choix de programmes décuplé, elles soulèvent de nouvelles questions pour les régulateurs.
À l’heure où les flux audio transitent par des applications, des enceintes connectées et des plateformes de streaming tierces, la question de l’accès équitable et de la visibilité des programmes devient cruciale. Pour les autorités de régulation, l’enjeu des prochaines années sera de garantir que la diversité culturelle et l’accès universel aux informations locales ne soient pas étouffés par les algorithmes des géants du numérique.
Une chose est sûre : la radio a su muer pour survivre à l’ère digitale. Elle n’a jamais été aussi accessible, partout, tout le temps.