Sur dix ans, la radio ne disparaîtra pas : elle restera un média de masse, mais son écoute deviendra nettement plus mobile, connectée, personnalisée et hybride. Le basculement déjà engagé — 27% du volume d’écoute radio en digital, smartphone en tête — devrait se poursuivre, sans effacer immédiatement la force de l’hertzien dans la voiture et à la maison.
Le smartphone, premier point d’entrée
Le smartphone est déjà le premier support d’écoute audio, avec 40% du temps d’écoute quotidien, en progression de 5 points en un an. À horizon 2035, il restera la porte d’entrée principale : applications de radios, agrégateurs, podcasts, flux en direct, notifications, contenus courts et recommandations.
Pour les radios, l’enjeu ne sera donc plus seulement d’être « diffusée », mais d’être trouvable, recommandée et facile à reprendre sur mobile. Une webradio pourra gagner en audience grâce à une application légère, une présence sur les agrégateurs, des playlists éditoriales et des formats courts partageables.
La voiture : le bastion de la radio en direct
La voiture restera un espace décisif. Aujourd’hui, 60% des personnes se déplaçant en voiture utilisent l’autoradio, et le terminal le plus utilisé hors domicile demeure l’autoradio, devant le smartphone connecté en Bluetooth ou câble.
Mais le poste autoradio deviendra de plus en plus un écran connecté : DAB+, streaming, applications, commandes vocales, CarPlay/Android Auto et recommandations. La radio en direct gardera un avantage dans ce contexte, car elle est immédiate, gratuite, continue et adaptée aux trajets ; l’IP prendra toutefois une part croissante pour les podcasts, les replays et les radios de niche.
La maison connectée : enceintes, TV et objets du quotidien
Les enceintes connectées équipent déjà 33% des Français de 12 ans et plus, avec une progression de 4 points en un an. Dans dix ans, elles seront plus présentes, mais aussi mieux intégrées aux téléviseurs, box internet, montres, casques et objets domestiques.
L’écoute deviendra plus contextuelle : musique au réveil, info au petit-déjeuner, radio lounge en télétravail, podcast en cuisine, ambiance sonore le soir. Les webradios thématiques — lounge, électro, jazz, découvertes, ambiances — ont ici un terrain favorable, à condition d’offrir une identité claire et une qualité de flux irréprochable.
Le DAB+ : croissance réelle, mais lente
Le DAB+ devrait progresser, notamment dans l’automobile et les nouveaux récepteurs, mais il ne deviendra probablement pas le support dominant de l’écoute avant longtemps. Il couvre déjà plus de 50% de la population métropolitaine à domicile et sur de nombreuses routes, et tous les récepteurs vendus en France depuis fin 2019 intègrent le DAB+, hors autoradios jusqu’en 2020.
Son intérêt est surtout structurel : meilleure qualité sonore, capacité à proposer davantage de stations, données visuelles et complémentaires, résistance à la congestion du réseau mobile. Mais son adoption dépendra de l’équipement des foyers, du renouvellement des autoradios et de la valeur ajoutée éditoriale réellement proposée aux auditeurs.
L’IP : le moteur de la transformation
L’Internet est déjà le principal moteur de transformation : 27,1% du volume d’écoute radio au premier trimestre 2026, contre 24,5% un an plus tôt. Cette part devrait continuer d’augmenter, portée par le mobile, les enceintes, les voitures connectées et la consommation de podcasts.
À dix ans, l’écoute IP pourrait devenir majoritaire chez les moins de 35 ans, tandis que l’hertzien conservera une base solide auprès des publics plus âgés et dans les usages automobiles. La radio ne sera plus définie par son canal de diffusion, mais par sa marque, son programme et sa relation à l’auditeur.
Ce qui changera pour les radios
- Du flux à l’écosystème : une station devra combiner direct, replay, podcasts, playlists, newsletters, réseaux sociaux et communauté.
- Du programme fixe à l’écoute contextuelle : matin info, trajet, travail, sport, soirée, sommeil ou ambiance.
- De l’audience moyenne à la donnée d’usage : connaissance des moments, supports, durées et préférences deviendra centrale.
- De la diffusion à la recommandation : être présent dans les applications, assistants vocaux, voitures connectées et moteurs de recherche audio sera décisif.
- De la voix humaine seule à l’IA assistée : l’IA servira surtout à produire des teasers, résumés, métadonnées, traductions, sous-titres et variantes de contenus, non à remplacer l’antenne et la personnalité humaine.
Scénario probable à 2035
Le scénario le plus crédible n’est ni « FM morte » ni « tout-streaming ». Ce sera une radio hybride :
- La FM restera un canal de masse, notamment en voiture et auprès des publics attachés à la simplicité.
- Le DAB+ progressera comme couche numérique terrestre, surtout pour multiplier les offres et enrichir l’expérience.
- L’IP deviendra le premier espace de croissance, d’innovation et de monétisation.
- Le smartphone restera le support central, complété par la voiture connectée, les enceintes et les écrans domestiques.
- Les podcasts et formats courts deviendront indispensables à la fidélisation, tandis que le direct conservera sa valeur pour l’info, le live et le lien social.
Pour une webradio, la stratégie gagnante sera donc claire : une identité musicale ou éditoriale forte, une présence mobile irréprochable, une distribution sur les agrégateurs et assistants vocaux, des contenus à la demande, et une expérience sans friction — peu de publicité, un son stable, une découverte facile et une vraie personnalité.
• Sources : Médiamétrie, Le Sénat