Dans le paysage des festivals français, le No Logo est une anomalie heureuse. Dans celui des webradios reggae, Radio No Logo est un prolongement naturel. Ensemble, ils forment un écosystème cohérent : un même ADN musical, une même économie indépendante, et une même conviction que le public est le premier acteur de l’aventure.

Un pari fou devenu modèle

L’histoire commence en juin 2013, dans le Jura. Une société de concerts dispose de plusieurs groupes reggae disponibles en août. Le site des Forges de Fraisans vient d’être réhabilité. En à peine 50 jours, le festival est monté de toutes pièces pour une première édition les 14 et 15 août 2013.

Le pari est double :

  • Faire venir d’emblée de grands noms de la scène reggae internationale.
  • Refuser le modèle économique habituel des festivals : pas de subvention, pas de sponsor, pas de mécène, pas de publicité, pas de bénévolat.

Les organisateurs tablent sur 5 000 spectateurs par jour. Ils en accueillent près de 9 000. L’adhésion immédiate du public valide le concept : un festival 100% libre, 100% indépendant, qui n’appartient qu’à ses festivaliers.

« No Logo » : un nom, un engagement

Le nom s’inspire du livre de Naomi Klein, No Logo : la tyrannie des marques. Sur le site, aucune bannière de marque, aucun logo de sponsor : des bâches blanches, épurées, pour laisser place uniquement à la musique et au public.

L’idée est politique autant qu’esthétique :

  • Construire un espace où la programmation reste libre, sans redevabilité envers des élus ou des partenaires financiers.
  • Proposer un modèle économique reposant uniquement sur les billets, les bars (environ 25% du budget) et la location d’emplacements pour restaurateurs et exposants, à prix fixes et sans pourcentage.
  • Rémunérer toute l’équipe, sans recours au bénévolat, pour garantir une forme d’équité entre artistes et « petites mains » du festival.

Très vite, le slogan cristallise l’âme du projet : « C’est vous qui décidez ». Si le festival existe, c’est grâce aux festivaliers ; s’il s’arrête un jour, ce sera parce que le public l’aura décidé.

Une croissance régulière, une communauté fidèle

D’édition en édition, le No Logo grandit, porté par l’enthousiasme de sa communauté :

  • Dès les premières années, il passe de 9 000 à plus de 14 000 personnes par jour sur trois jours.
  • En 2023, pour ses 10 ans, il atteint un record avec environ 15 500 à 17 000 festivaliers par jour à Fraisans, selon les sources.
  • En une douzaine d’éditions sur le site des Forges, il confirme son statut de plus grand festival reggae de France, avec trois scènes, une programmation internationale et une ambiance familiale et engagée.

Sur les planches du No Logo sont passés des artistes majeurs : Damian Marley, Alpha Blondy, Tiken Jah Fakoly, Capleton, Alborosie, Dub Inc, Chronixx, Jimmy Cliff, Naâman, Steel Pulse, The Congos, UB40, Toots and the Maytals, Julian Marley, Israel Vibration, LKJ, Patrice, Protoje, SOJA, Inner Circle, The Skatalites, Kabaka Pyramid, et bien d’autres.

Radio No Logo : la bande-son du festival, toute l’année

En 2016, le festival se dote d’un nouvel outil : Radio No Logo, sa webradio officielle, née d’une collaboration entre le festival, l’association Uppertone et Radio Campus Besançon, via l’émission RIDDIM déjà présente sur les ondes depuis 2000.

ADN musical et mission

  • Musiques : reggae, dub, dancehall, ska, et toutes les déclinaisons groove et roots.
  • Mission : maintenir la « vibe » du No Logo toute l’année, faire découvrir les artistes programmés, et offrir une veille constante sur les nouvelles sorties.
  • Audience : environ 230 000 auditeurs par an, en croissance régulière.

Émissions et formats phares

Le socle éditorial de la radio est l’émission RIDDIM :

  • Née en 2000 sur Radio Campus Besançon, elle couvre « toutes les musiques jamaïcaines des années 60 à nos jours ».
  • Elle est rediffusée les jeudis de 17h à 19h sur Radio No Logo, ce qui en fait l’une des émissions structurantes de la grille.

Pendant le festival, la radio se transforme en média live :

  • Interviews exclusives en direct, souvent dans les loges ou les coulisses des artistes.
  • Retransmissions de concerts live et captations audio/vidéo des performances sur les scènes.
  • Émissions spéciales « No Logo » avec des focus sur les artistes programmés, des cartes blanches, des portraits.

Ces contenus sont ensuite réutilisés toute l’année sous forme de podcasts, de vidéos, de playlists thématiques et d’émissions « replay » autour des éditions passées.

En dehors des créneaux identifiés comme RIDDIM, la radio propose un flux musical continu centré sur le reggae, le dub et le dancehall, avec des séries thématiques (labels, sound systems, artistes récurrents comme Sumac Dub, Dawa HiFi, etc.).

Radio No Logo s’écoute :

  • En streaming direct sur le site du festival.
  • Via l’application mobile « No Logo », qui permet aussi de suivre la programmation du festival et de recevoir des notifications en temps réel.

Sur les plateformes de radios en ligne qui la référencent.

Un modèle qui essaimé et inspire

Le concept a rapidement inspiré d’autres initiatives :

  • En 2017, une déclinaison bretonne, No Logo BZH, voit le jour au Fort de Saint-Père, près de Saint-Malo, avec la même logique : pas de subvention, pas de sponsor, pas de bénévolat.
  • Les organisateurs affichent une volonté de partager le modèle, tout en protégeant juridiquement le nom « No Logo ».
  • Le festival est régulièrement cité comme une « anomalie heureuse » dans le paysage des festivals français, un îlot de liberté économique et artistique.

2025–2026 : un nouveau chapitre

Après douze éditions aux Forges de Fraisans (2013–2025), le No Logo entre dans une nouvelle phase :

  • L’édition 2025 (8–10 août) est présentée comme la dernière séance à Fraisans, avec une programmation renouvelée (environ 50% d’artistes jamais venus auparavant), tout en restant ancrée sur une base reggae/dub solide.
  • Pour 2026, le festival déménage au domaine « Les 12 Ponts », à Pont-sur-l’Ognon (Haute-Saône), pour les 7, 8 et 9 août, avec une jauge volontairement réduite pour retrouver de la proximité, avant un retour à pleine capacité annoncé pour 2027.
  • Autre choix fort : pour 2026, la programmation n’est pas dévoilée à l’avance. Le festival assume le pari de miser sur la confiance de son public plutôt que sur les noms d’affiche.

Pendant ce temps, No Logo BZH poursuit sa propre trajectoire, avec une édition 2026 les 7, 8 et 9 août au Fort de Saint-Père, et une programmation qui mêle têtes d’affiche internationales (Shaggy, Inner Circle, The Congos, Kassav’, etc.) et talents émergents.

Un écosystème cohérent

No Logo et Radio No Logo forment aujourd’hui un écosystème cohérent :

  • Un festival qui a prouvé qu’un grand événement culturel pouvait exister sans subvention ni sponsor, en s’appuyant uniquement sur l’adhésion de son public.
  • Une radio qui prolonge cette expérience toute l’année, en maintenant vivante la communauté, en faisant découvrir les artistes et en archivant, via podcasts et vidéos, la mémoire de chaque édition.
  • Un livre de photographies, publié en 2024 pour les dix ans, qui raconte cette décennie de musique, de fête, d’indépendance et de rencontres, sans légende ni date, pour laisser à chacun le soin de construire sa propre histoire du festival.

Entre Fraisans, Pont-sur-l’Ognon et Saint-Malo, entre scène et webradio, No Logo reste fidèle à son pari initial : un événement 100% libre, 100% indépendant, qui appartient à celles et ceux qui le font vivre.

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