Si vous allumez votre vieux transistor ou que vous lancez le flux de votre application audio préférée du 4 et 5 juin 2026, vous risquez de tomber sur une effervescence un peu particulière. Concerts en plein air, animateurs vedettes qui descendent dans la rue, studios ouverts aux quatre vents… Pas de doute, c’est la Fête de la Radio.

Pourtant, si vous traversez la frontière pour rejoindre nos voisins belges, espagnols ou allemands à cette même période, l’ambiance est au calme plat.

Et pour cause : cette fête est une exception culturelle purement franco-française. Alors, pourquoi la France fait-elle bande à part, et comment ce média centenaire réussit-il à marier nostalgie de la FM et révolution numérique ?

Le mystère des deux calendriers

Pour le reste du monde, la messe de l’audio est dite le 13 février. C’est la Journée mondiale de la radio, une date officielle instaurée par l’UNESCO pour célébrer la création de la radio des Nations Unies en 1946. Ce jour-là, de Madrid à Berlin, on disserte sur le rôle démocratique du média et son accessibilité.

Mais en France, une seule journée ne suffisait pas. C’est Roch-Olivier Maistre, le président du CSA (devenu aujourd’hui l’Arcom, le régulateur des médias), qui a officiellement lancé l’idée le 20 janvier 2020 lors du Salon de la Radio.
L’objectif était de fédérer l’ensemble des stations françaises (publiques, privées, locales, associatives) et les acteurs de l’industrie pour célébrer ce média. La toute première édition de la Fête de la Radio a eu lieu en 2021 (du 31 mai au 6 juin 2021).

Pourquoi ce doublé ? Parce que l’histoire radiophonique française est jalonnée de séismes technologiques et culturels qui méritaient bien leur propre anniversaire. En juin, on célèbre quatre grands piliers :

1921 (La naissance)
Les toutes premières émissions régulières sont diffusées depuis le sommet de la Tour Eiffel. Une prouesse technique qui va changer le quotidien des Français.

1981 (La libération)
C’est l’explosion des « radios libres ». On met fin au monopole d’État sur la bande FM. Du jour au lendemain, des milliers de passionnés, de rockeurs et d’associatifs braquent les micros.

L’ère Internet (L’émancipation)
La fête célèbre désormais les webradios. Libérées des contraintes géographiques et de la rareté des fréquences hertziennes, elles ont ouvert la voie à une infinité de radios thématiques, locales ou communautaires accessibles d’un simple clic.

Aujourd’hui (La convergence)
L’événement met en avant le DAB+ (la Radio Numérique Terrestre). Cette technologie apporte un son haute définition sans saturation et permet à de nombreuses webradios de franchir le pas pour s’installer gratuitement dans les autoradios des Français.

Quand les studios (et les serveurs) s’enflamment

Que se passe-t-il pendant ces deux jours de juin ? Oubliez les conférences austères : la Fête de la Radio est avant tout un événement populaire, physique et ultra-connecté.

Les coulisses à portée de main
C’est le moment de l’année où le mystère de la « voix sans visage » prend fin. Des dizaines de stations – des grands réseaux nationaux installés à Paris jusqu’à la petite radio associative ou la webradio locale logée dans un tiers-lieu – ouvrent leurs portes. Les auditeurs peuvent s’installer dans les fauteuils des invités, observer le ballet des techniciens derrière la console, et comprendre comment une playlist ou un flash d’information se construisent en direct.

Le grand chambardement des grilles
Pour l’occasion, les radios sortent de leur zone de confort. On installe des studios éphémères sur des places de villages ou dans des gares. Les webradios indépendantes, souvent habituées au format virtuel, brisent l’écran en organisant des marathons d’émissions en direct, des tchats interactifs avec leur communauté et des sessions live acoustiques avec des artistes émergents.

La webradio au tableau !
C’est à l’école que le format Internet brille le plus pendant l’événement. Monter une antenne FM étant lourd et réglementé, des centaines de collèges et lycées déploient des webradios scolaires éphémères en partenariat avec le CLEMI. Une façon ludique pour les élèves d’apprendre à poser leur voix, à rédiger une chronique et à débusquer les fausses informations en direct sur le web.

Un média centenaire

Au-delà de la nostalgie des transistors à piles, cette fête est le thermomètre d’un média en pleine mutation. Lors des assises professionnelles qui rythment l’événement, les débats ne tournent plus seulement autour des antennes traditionnelles. On y parle algorithmes de recommandation, intégration de l’intelligence artificielle dans les studios, et explosion de l’écoute sur les enceintes connectées.

La frontière entre la « radio de salon » et la « radio internet » s’est définitivement évaporée. Pourtant, la recette du succès reste la même depuis un siècle : la proximité et l’authenticité. Qu’elle voyage par les ondes d’autrefois ou par les flux de streaming d’aujourd’hui, la radio reste ce média unique capable de murmurer à l’oreille de chacun tout en parlant à des millions de personnes en même temps.

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