Le choix de la Société suisse de radiodiffusion (SSR) de faire faire machine arrière à la bande FM ne concerne pas que nos voisins helvétiques. Il braque un projecteur cru sur une réalité que l’industrie du média audio tend parfois à minimiser : le passage au DAB+ est bien plus complexe que prévu.

Si la radio numérique terrestre (RNT) continue de progresser, son adoption massive reste entravée par des freins techniques, matériels et comportementaux. Le cas suisse agit aujourd’hui comme un avertissement pour l’ensemble du marché européen.

L’exemple suisse : la stratégie industrielle face au mur du réel

Après avoir activement préparé l’extinction progressive de la FM au profit du DAB+, la SSR a surpris en choisissant de réinvestir la bande analogique à grande échelle.

Ce revirement ne signe pas l’échec du numérique, mais il rappelle une vérité fondamentale : une bascule technologique ne se décrète pas.

Elle dépend avant tout de la capacité du public à s’équiper, de la couverture réelle du territoire et de la simplicité d’accès au service au quotidien.

Quels sont les 4 grands obstacles qui freinent le DAB+ ?

1. La couverture et la réception : la fin du mythe du « sans coupure »

Le premier point noir du DAB+ réside dans la promesse d’une réception parfaite. Contrairement au discours marketing d’une radio numérique « sans aucune interférence », la réalité du terrain est plus mitigée :

  • Zones blanches et contraintes géographiques persistent.
  • Problèmes d’antennes et sensibilité aux variations d’environnement.
  • Coupures intempestives en voiture, particulièrement mal vécues par les automobilistes lors des changements de fréquence.

2. Le parc d’équipements : le poids de l’inertie matérielle

Un standard technologique ne s’impose pas seulement par sa supériorité technique, mais par sa disponibilité immédiate.

Une part très importante du parc domestique et automobile reste mal équipée ou dotée de récepteurs DAB+ complexes à prendre en main. Tant que la bande FM offre un service fonctionnel, gratuit et familier, l’incitation à remplacer son matériel reste faible.

3. L’équation économique du « double réseau »

Pour les radiodiffuseurs, maintenir simultanément la diffusion FM et le DAB+ (simulcast) génère des surcoûts considérables. Cependant, couper prématurément la FM comporte un risque majeur : perdre une partie importante de son audience.

L’expérience de la SSR montre qu’un arrêt trop brutal contraint parfois à faire machine arrière, annulant ainsi les économies d’infrastructure espérées.

4. La concurrence féroce de l’écoute IP (Streaming et Podcasts)

Le DAB+ n’affronte pas seulement le fantôme de la FM. Il évolue dans un écosystème média ultra-concurrentiel où le streaming via smartphone, les applications mobiles et les podcasts de réécoute sont déjà ancrés dans les habitudes. Pour une grande partie du public, le bénéfice net du DAB+ face à une connexion 4G/5G ne saute plus aux yeux.

Le DAB+, un écosystème global encore en construction

L’épisode suisse le confirme : la réussite du DAB+ ne repose pas uniquement sur des arguments techniques. Elle exige une vision globale combinant :

  • Une couverture territoriale irréprochable (notamment sur les axes routiers) ;
  • Un équipement généralisé du parc automobile et des foyers ;
  • Une pédagogie claire auprès du grand public ;
  • Une offre de contenus enrichie et réellement différente.

Tant que ces exigences ne seront pas totalement remplies, le DAB+ restera perçu comme une évolution logique par les professionnels de la radio… mais pas encore comme une évidence pour les auditeurs.

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