Chaque année depuis quinze ans, le Reuters Institute for the Study of Journalism (Université d’Oxford) analyse les habitudes d’information de près de 100 000 personnes à travers 48 pays. Publiée le 16 juin, l’édition 2026 du Digital News Report révèle un monde des médias en pleine mutation.
Désormais, les plateformes numériques l’emportent définitivement sur la télévision et les sites de presse, la confiance des utilisateurs s’effrite, tandis que la radio et le podcast connaissent des destins radicalement opposés. Découvrez les grands enseignements de ce rapport mondial.
Réseaux sociaux vs Médias traditionnels : Le point de bascule historique
Pour la première fois dans l’histoire de l’étude, les réseaux sociaux et les plateformes vidéo ont dépassé la télévision et les sites web des médias comme principale porte d’entrée vers l’actualité à l’échelle mondiale.
Les chiffres du rapport 2026 sont sans appel :
• 54 % des répondants s’informent via les réseaux sociaux ou les plateformes vidéo (TikTok, Instagram, YouTube).
• 52 % utilisent la télévision.
• 51 % consultent directement les sites et applications des médias d’information.
Ce phénomène, qualifié de « plateformisation » de l’info, est encore plus spectaculaire chez les 18-24 ans. Plus d’un jeune sur deux déclare que les réseaux sociaux, les plateformes vidéo ou les agents conversationnels IA sont sa source d’information principale. Les sites web d’actualité classiques peinent désormais à recruter de nouvelles audiences et vieillissent avec leur public.
Le paradoxe des algorithmes : La commodité l’emporte sur la confiance
L’un des constats les plus frappants de ce rapport réside dans un paradoxe : les utilisateurs migrent massivement vers les réseaux sociaux, mais leur accordent une confiance minimale.
• Baisse globale de la confiance : La confiance générale dans l’actualité tombe à 37 % (son plus bas niveau historique depuis 2015). Aux États-Unis, elle chute même à 25 %.
• La défiance envers le numérique : Le taux de confiance envers les informations lues sur les réseaux sociaux plafonne à 22 %, et descend à 20 % pour les réponses fournies par les chatbots IA.
Pourquoi ce décalage ? Les chercheurs de l’Université d’Oxford expliquent que la commodité prime sur la crédibilité. Le public ne choisit pas ces plateformes pour leur fiabilité, mais par habitude et par facilité d’accès, l’information s’immisçant directement au milieu des flux de divertissement.
L’évitement volontaire de l’actualité progresse
Parallèlement, l’intérêt pour les médias recule. La part de consommateurs « occasionnels » (qui s’informent au mieux une fois par semaine) est passée de 16 % à 25 % en cinq ans. De plus, 42 % des sondés pratiquent l’évitement volontaire de l’information, un chiffre qui grimpe à 60 % dans des pays comme la Grèce ou la Turquie, face à un flux d’actualités jugé trop anxiogène.
Radio et Podcasts : Deux trajectoires radicalement opposées
Le marché de l’audio connaît une reconfiguration majeure, balayant au passage quelques idées reçues.
La radio classique face à un problème de recrutement
À l’image de la presse écrite et de la télévision, la radio traditionnelle continue de perdre du terrain. Toutefois, le Digital News Report 2026 montre que son déclin n’est pas dû à un désamour, mais à un défaut de renouvellement générationnel. À peine la moitié de la population mondiale a déjà eu le réflexe d’écouter la radio pour s’informer. Les jeunes générations n’ont tout simplement jamais adopté ce média.
Le boom du « podcast vidéo » sur YouTube et Spotify
De son côté, le format podcast affiche une belle stabilité avec 11 % d’auditeurs hebdomadaires au niveau mondial. Mais sous cette stabilité se cache une mutation profonde : l’essor du podcast filmé.
Aux États-Unis, grâce à des figures comme Joe Rogan ou Ezra Klein, 45 % des Américains consomment des podcasts chaque semaine. Les frontières s’estompent : l’audio digital s’impose désormais en s’habillant d’images diffusées sur YouTube ou Spotify.
L’impact de l’Intelligence Artificielle et des créateurs de contenu
Une adoption progressive des chatbots IA
Si l’intelligence artificielle générative progresse, on ne constate pas encore de raz-de-marée pour la recherche d’actualité. L’usage hebdomadaire d’outils comme ChatGPT, Perplexity ou Google Gemini pour s’informer passe de 7 % à 10 % en un an.
Cette pratique concerne avant tout les « power users » (les passionnés de l’info très connectés) qui apprécient à 42 % la possibilité de poser des questions complémentaires pour approfondir un sujet de manière interactive.
La montée en puissance des influenceurs d’actualité
Enfin, les créateurs de contenu s’imposent comme de nouveaux intermédiaires :
• 26 % des répondants suivent un créateur spécialisé dans l’actualité sur TikTok, YouTube ou Instagram.
• Ce chiffre monte à 46 % pour les influenceurs généralistes qui abordent ponctuellement les sujets de société.
Le rapport précise néanmoins que cette consommation ne remplace pas les médias traditionnels, mais s’y ajoute. Seuls 3 % de la population mondiale s’informent exclusivement via les créateurs de contenu.
Un équilibre instable
Le paysage informationnel de 2026 est marqué par un équilibre instable. Le public bascule massivement vers des écosystèmes numériques et algorithmiques (réseaux sociaux, vidéo, IA), tout en exprimant une méfiance record envers ces mêmes canaux.
Pour les médias, la clé de la survie ne réside plus seulement dans la qualité de l’information, mais dans leur capacité à adapter leurs formats aux nouveaux usages (à l’image de la transition réussie du podcast vers la vidéo), sous peine de perdre définitivement le lien avec les jeunes générations.