Émettant depuis la paisible commune de Châtillon (Rhône), au beau milieu de la carte postale géologique des Pierres Dorées, Radio Beaujolais International (RBI) est probablement le secret le mieux gardé, et le plus bruyant, du vignoble.

Lancée au tournant des années 2020, cette structure associative s’est mis en tête un défi un peu fou: faire rimer terroir calcaire et mondialisation, le tout avec un accent so british. Bienvenue sur la seule fréquence où le saucisson brioché se déguste avec une tasse de thé.

Quand le terroir troque ses sabots pour un passeport

Qu’on se le dise, le Beaujolais ne se résume plus à sa traditionnelle casquette d’Amédée et à son rituel du troisième jeudi de novembre. Labellisée UNESCO Global Geopark, la région a vu débarquer ces dernières décennies une faune d’un nouveau genre : des expatriés britanniques, des cadres américains en quête de verdure et des professionnels du vin venus des quatre coins du globe.

Constatant que ce petit monde peinait parfois à comprendre les subtilités des avis de la mairie ou des festivités locales, RBI a tranché : l’antenne sera bilingue franco-anglaise ou ne sera pas. L’objectif ? Éviter que les nouveaux arrivants ne restent cloîtrés dans leur bulle anglophone et leur expliquer, en version originale, pourquoi tout le village s’excite pour la fête des crus ou le boudin de la Vogue.

Patrick Hurley : Le plus local des « gentlemen farmers »

À la baguette de ce joyeux melting-pot, on trouve Patrick Hurley. Passionné de son et amoureux fou des Pierres Dorées, cet entrepreneur culturel a eu le nez fin. Plutôt que de monter un club d’expatriés un peu guindé, il a préféré créer un véritable média de service public… mais en plus fun.

Autour de lui, RBI s’est transformée en une auberge espagnole de la radio associative. La cabine technique voit défiler une équipe de bénévoles aux accents mélangés : français pur jus, britanniques nostalgiques de la BBC, américains et néerlandais convertis au gamay.

Ce petit monde se passe le micro avec une fluidité déconcertante, créant une ambiance de pub de campagne où l’on refait le monde sans jamais se prendre au sérieux.

Classic Rock et jus de la treille : Une grille de programmes « aux petits oignons »

Oubliez les stations commerciales qui vous matraquent le même tube autotuné toutes les quarante minutes jusqu’à l’asile. Chez RBI, la programmation est artisanale, hautement inflammable et diablement efficace.

L’habillage sonore : Le grand mix générationnel
La bande-son de la station est un hommage vibrant au good old rock et aux pépites indépendantes, taillée sur mesure pour accompagner la journée :
• Les dinosaures du Rock : Les légendes anglo-saxonnes ont table ouverte (de Kansas à America, en passant par les Beach Boys ou l’inoxydable Van Morrison)
• Les diggers du Web : Des virages serrés vers l’Indie pop contemporaine avec des groupes comme Death Cab for Cutie, Cavetown ou The Belair Lip Bombs.

Les chroniques : De la politique de clocher à la géopolitique du bouchon
La parole à l’antenne est un joyeux zapping de proximité distillé dans les deux langues :
• L’Agenda des Pierres Dorées : Pour savoir où chiner le dimanche ou dans quel village se tient le prochain marché de producteurs sans avoir besoin d’un dictionnaire.
• The Beaujolais Guide / Les Chroniques du Terroir : Le point indispensable sur l’état des vignes, les vendanges et les secrets des viticulteurs du coin.
• Les Interviews micro-trottoir : Où un maire du Rhône tente d’expliquer l’urbanisme local à un animateur londonien. Un régal.

4G, ceps de vigne et mondialisation : Le pari du grand saut numérique

Plutôt que d’aller batailler pour obtenir une fréquence sur une bande FM totalement saturée, RBI a préféré court-circuiter la vieille antenne de toit. La station s’est d’emblée autoproclamée webradio « nouvelle génération ».

Le calcul est aussi simple qu’efficace : pourquoi se limiter aux quelques kilomètres carrés de Châtillon quand la magie du streaming peut vous propulser instantanément sur les smartphones du monde entier ?

C’est l’histoire d’un média qui prouve qu’on peut parfaitement avoir les pieds enfoncés dans la terre rouge du Beaujolais, la tête dans le Cloud, et raconter les potins du canton à un auditeur qui boit son coup de blanc à Sydney ou à New York.

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