C’est une première historique outre-Atlantique : au deuxième trimestre 2026, le streaming musical est devenu le média audio le plus fréquenté au quotidien aux États-Unis, repassant devant la traditionnelle radio AM/FM. D’après l’étude Share of Ear publiée par Edison Research et SSRS, 46 % des Américains de plus de 13 ans écoutent désormais du streaming chaque jour, contre 43 % pour les ondes hertziennes.

Mais sous cette victoire symbolique, les habitudes d’écoute révèlent un paysage bien plus nuancé qu’un simple passage de témoin. Derrière ces chiffres se dessine la transformation profonde d’un secteur où le streaming et la radio ont cessé de s’affronter pour mieux se combiner.

Portée quotidienne contre temps d’écoute : deux logiques complémentaires

Pour mesurer l’impact réel de ce basculement, il faut séparer deux notions clés :

  • La portée quotidienne (reach) : le réflexe de se connecter au moins une fois par jour. C’est sur ce terrain que Spotify, Apple Music, Amazon Music ou YouTube Music ont pris le dessus, devenant la première porte d’entrée de la journée pour la majorité de la population.
  • Le temps d’écoute : la durée globale passée l’oreille collée au média. Sur ce second critère, la radio conserve une avance confortable en captant plus d’un tiers (33 %) du temps audio quotidien total, contre environ 23 % pour le streaming musical.

En résumé : nous sommes plus nombreux à lancer une playlist ou un titre au fil de la journée, mais les auditeurs de radio y restent connectés nettement plus longtemps.

Le virage réussi des radios digitales

Ce croisement des courbes n’a rien d’un coup de théâtre. C’est l’aboutissement d’une transition engagée depuis une décennie, portée par l’omniprésence des smartphones, des forfaits data illimités et l’adoption massive des enceintes connectées dans les foyers.

Face à cette lame de fond, le média radio n’est pas resté immobile et a opéré sa propre mutation numérique. Les flux IP des stations AM/FM et les webradios purement numériques occupent désormais un rôle clé de passerelle :

  • Un usage IP qui a doublé : la part de la radio consommée via le streaming (applications, flux web, enceintes intelligentes) a grimpé à 14 % du temps d’écoute radio total en 2026, contre seulement 7 % en 2017.
  • Le levier auprès des 18-34 ans : alors que l’écoute sur récepteur physique décline chez les jeunes adultes, l’accès aux radios via le digital a permis au format radio d’enrayer son recul et de consolider ses positions au deuxième trimestre 2026, profitant notamment du léger repli des podcasts sur cette même tranche d’âge.

La radio demeure le pilier des annonceurs

Malgré le récit récurrent d’un média « à l’ancienne », la radio reste un canal dominant pour les régies et les marques. Sur le marché de l’audio financé par la publicité (ad-supported audio), la radio AM/FM (hertzienne et streaming réunis) s’accapare 62 % du temps d’écoute, loin devant l’offre gratuite de Spotify qui plafonne à 6 %.

Lorsqu’on combine l’antenne hertzienne et ses déclinaisons numériques, la radio touche 74 % des Américains chaque jour, contre 32 % pour le pure digital audio. Pour les investisseurs publicitaires, elle demeure incontournable pour maintenir une forte exposition lors des moments clés de la journée : les trajets en voiture (drive time), les matinales et le fond sonore au bureau.

Vers un écosystème hybride

Pour le grand public, la frontière entre radio et streaming s’estompe. L’auditeur profite d’un côté de la flexibilité et des algorithmes de recommandation des plateformes, et de l’autre, du confort d’une programmation incarnée, de l’information en temps réel et de la découverte guidée.

Pour les professionnels de l’audio, les régies et les créateurs de contenu, la stratégie à adopter est désormais claire : l’enjeu ne consiste plus à choisir entre radio et streaming, mais à combiner la portée quotidienne du streaming avec la durée d’engagement et la puissance publicitaire de la radio.