Le monde de l’intelligence artificielle générative tremble. Winamp Group, via sa filiale musicale Jamendo, vient d’engager des poursuites judiciaires majeures contre Nvidia aux États-Unis et en Europe. Le motif ? Le géant des cartes graphiques et des puces IA aurait utilisé sans autorisation des millions de morceaux et de métadonnées pour entraîner ses modèles d’IA audio. Décryptage d’un procès historique.
C’est le choc des titans de la Tech, à l’intersection de la nostalgie et de l’innovation. D’un côté, Winamp Group, propriétaire du célèbre lecteur multimédia culte des années 2000 et de la plateforme de musique indépendante Jamendo. De l’autre, Nvidia, le constructeur de puces graphiques devenu la entreprise la plus valorisée au monde grâce au boom de l’intelligence artificielle.
Au cœur de cette affaire : le pillage présumé de catalogues musicaux pour nourrir les algorithmes. Jamendo accuse officiellement Nvidia d’avoir enfreint le droit d’auteur à l’échelle industrielle.
Pourquoi Winamp et Jamendo attaquent-ils Nvidia en justice ?
Pour développer des outils d’IA générative audio performants (génération de musique automatique, clonage de voix, outils de production), les entreprises de la Tech ont besoin d’une quantité astronomique de données. C’est la phase cruciale de l’entraînement des modèles d’IA.
Selon les informations révélées par Reuters, Jamendo reproche à Nvidia d’avoir extrait et exploité deux éléments clés sans accord préalable ni licence commerciale :
• Des contenus musicaux protégés : des millions de pistes audio d’artistes indépendants.
• Les métadonnées associées : les descriptions, tags, genres musicaux, structures et rythmes qui permettent à l’IA de « comprendre » ce qu’elle écoute.
Pour Winamp Group, Nvidia s’est servi gratuitement dans un buffet payant afin de concevoir un outil commercial concurrent, sans reverser la moindre redevance aux ayants droit.
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Un procès international : Les États-Unis et la Belgique font front commun
L’offensive judiciaire de Winamp Group ne se cantonne pas aux tribunaux américains. Le dossier prend une dimension internationale et européenne majeure.
En Belgique, le tribunal de Gand vient officiellement de se déclarer compétent pour juger une procédure distincte introduite par Jamendo. La plateforme y réclame une compensation financière particulièrement lourde, proportionnelle à la taille du catalogue d’œuvres siphonnées par Nvidia.
Cette double procédure (USA et Europe) accentue la pression sur le géant des puces. Si la justice européenne ou américaine condamne Nvidia, l’entreprise pourrait être contrainte de détruire ses modèles d’IA entraînés illégalement, un scénario catastrophe pour la firme de Santa Clara.
Entraînement des IA : Vers une jurisprudence historique pour l’industrie musicale
Ce litige entre Winamp et Nvidia dépasse le cas d’espèce. Il s’inscrit dans une série de conflits mondiaux opposant les créateurs (écrivains, artistes, médias) aux géants de la Silicon Valley.
Pour les détenteurs de droits d’auteur, les enjeux de ce procès sont doubles :
• Valoriser les catalogues de données : Prouver que la valeur d’une IA réside avant tout dans les données humaines qui l’ont construite.
• Imposer un cadre contractuel strict : Forcer les entreprises de la Tech à signer des licences payantes de Data Licensing avant de pouvoir utiliser une œuvre.
«Ces actions reflètent notre engagement à protéger les droits de Jamendo ainsi que ceux des artistes qui nous confient la commercialisation de leurs œuvres», déclare Alexandre Saboundjian, CEO de Winamp Group. «À mesure que l’intelligence artificielle transforme l’industrie musicale, nous estimons essentiel que les créateurs et les ayants droit soient correctement reconnus, rémunérés et protégés.»
Si le contentieux venait à durer, la décision des juges pourrait définir la frontière légale entre l’utilisation technique de données publiques et la violation du droit d’auteur. Une affaire à suivre de très près, qui pourrait redéfinir l’avenir économique de l’IA générative musicale.
A propos de Winamp Group SA
Winamp appartient aujourd’hui à Winamp Group SA (anciennement Llama Group SA), une société cotée sur Euronext Growth à Paris et à Bruxelles.
Voici un bref historique de la propriété :
Nullsoft a créé Winamp en 1997, avant d’être rachetée par AOL la même année.
Radionomy, une société belge, a acquis Winamp auprès d’AOL en 2014.
Llama Group SA a ensuite pris le contrôle de la marque, avec l’ambition de relancer Winamp comme plateforme musicale moderne.
En octobre 2025, l’assemblée générale extraordinaire a approuvé le changement de dénomination sociale : Llama Group SA est devenu Winamp Group SA.
Winamp Group est aujourd’hui propriétaire des plateformes Winamp, Jamendo et Bridger.
Le PDG est Alexandre Saboundjian.
La société cherche à transformer Winamp en un écosystème complet pour les artistes, avec des outils de distribution, de gestion des droits et de monétisation, en plus du célèbre lecteur audio.