L’enquête SociAudio 2025, menée par La Lettre Pro de la Radio & du Podcast en partenariat avec RCS et XPERI, offre un portrait inédit et profond de l’industrie francophone de la radio et de l’audio digital. Présentés début février 2026, les résultats de cette étude — basée sur 261 réponses certifiées recueillies entre juillet et octobre 2025 — permettent d’appréhender les transformations structurelles d’un secteur à la croisée des aspirations humaines, des défis économiques et des progrès technologiques.
Contrairement aux habituelles études d’audience centrées sur l’écoute, SociAudio s’intéresse au capital humain : qui sont les professionnels, comment vivent-ils leur métier, quelles sont leurs conditions de travail, et comment perçoivent-ils l’avenir de leur média ? L’échantillon étudié est riche et diversifié, couvrant radios associatives (34 %), acteurs privés (29 %), pure players du numérique (28 %) et radios publiques (9 %), avec une forte représentation de décideurs et de cadres (43 %).
Une confiance économique sous tension
L’un des constats les plus marquants concerne la viabilité économique des structures : près d’un professionnel sur deux doute de la pérennité de son modèle, qu’il soit associatif, privé ou numérique. Si les radios privées restent légèrement plus confiantes (57,8 %), et les acteurs numériques à 53,5 %, les radios associatives — dépendantes des subventions — se trouvent dans une zone de tension majeure. Ce scepticisme révèle une crise de confiance structurelle qui transcende les statuts et les formats.
Salaires fragmentés, passion précaire
L’étude dévoile également une fracture salariale importante dans le secteur. Dans les radios privées, une majorité des cadres et dirigeants gagne plus de 3 000 € nets par mois, alors que dans l’associatif aucun dirigeant ne se situe dans cette tranche salariale : la plupart se situent entre 1 500 € et 2 000 €. Plus encore, 34,5 % des créateurs et indépendants déclarent des revenus inférieurs à 1 000 € par mois, inscrivant la passion au cœur d’une réalité économique souvent précaire.
Moral variable et charge de travail accrue
Sur le plan du moral professionnel, le secteur montre un sentiment global majoritairement positif (59,4 %), mais une fois encore les disparités sont fortes. Les acteurs numériques et indépendants affichent des niveaux de satisfaction élevés (79,1 %), favorisés par l’autonomie créative et la liberté éditoriale. À l’inverse, les cadres des radios privées se sentent plus usés par la pression et la charge de travail, avec un moral positif à 57,8 %, reflet d’un environnement davantage soumis aux contraintes opérationnelles.
La question de la charge de travail post-Covid est particulièrement saillante : 23,4 % des professionnels se déclarent plus sollicités qu’avant la crise sanitaire, souvent sans compensation adéquate, et l’augmentation des salaires reste la revendication prioritaire dans toutes les catégories professionnelles.
IA : un outil qui unit plutôt qu’il ne divise
Au-delà des dimensions économiques et humaines, l’enquête SociAudio 2025 met en lumière une adoption généralisée de l’intelligence artificielle dans les pratiques professionnelles. Loin de n’être qu’un horizon technologique lointain, l’IA est déjà utilisée dans de nombreux studios pour optimiser la production, générer des voix, aider au montage ou proposer de premiers jets de textes éditoriaux. Ainsi, 78,9 % des radios privées et 57,3 % des radios associatives déclarent intégrer l’IA dans leurs activités, souvent pour pallier le manque de ressources humaines. Cette adoption atténue ce que certains craignaient être une fracture technologique, transformant l’IA en outil structurant plutôt qu’en menace direct d’emploi.
Vers une profession durable ? Trois pistes stratégiques
Cette étude trace une profession en mutation profonde, tiraillée entre passion, contraintes économiques et révolution technologique. Pour que cette transformation soit durable, trois axes semblent essentiels : réinvestir dans l’humain, notamment à travers une revalorisation salariale ; accompagner la transition technologique de manière éthique et formée, notamment avec l’IA ; et enfin sécuriser les modèles économiques, particulièrement pour les structures associatives qui naviguent à vue.